Le bon, la brute et le truand

Publié le par Run

Pour venir vivre 5 mois en NZ, il m`a fallu un alibi, vous vous en doutiez bien. Je vais donc vous expliquer la tache scientifique qui m`incombe ici, et à laquelle je succombe depuis 20 ans pile cette année où j ai mis les deux pieds dans la recherche.

Les plantes dans l'environnement sont naturellement attaquées par tout un tas d'ennemis : des champignons (ex. le mildiou sur vigne), des virus (la sharka du prunier), des acariens (le phylloxera)*, mais surtout des insectes (le doryphore). Les insectes eux-mêmes peuvent être attaqués par d'autres insectes (le puceron par la coccinelle).

Moi, jusqu'à présent, mon boulot d'entomologiste** était d’étudier les interactions entre une plante (l`hôte=le bon), un insecte qui la bouffe (l`herbivore=la brute) et un autre insecte qui vient bouffer celui qui bouffe la plante (le parasitoide=le truand). Le cœur de mon métier est donc de faire du contrôle biologique en le sachant, contrairement à Mr Jourdain.

Récemment, interviewé sur la Radio kiwi, j'expliquais avec my cute French accent que le contrôle biologique était une bonne chose pour l'agriculture et l environnement.

Le contrôle biologique a pour but de lutter contre des plantes ou des insectes nuisibles (l'ambroisie ou le doryphore) sans utiliser de produits chimiques (Bouahhh, vade retro Satanas) mais en utilisant ce que dame Nature nous offre et que nous prélevons avec parcimonie dans un esprit de paix et d amour. L'entomologiste est souvent habillé d'une toge blanche et de sandales de cuir et parcourt la garrigue avec son fidèle compagnon, le filet à papillons.

Les interactions qui m’intéressent sont 1. comment l'herbivore se nourrit et se reproduit sur la plante 2. comment le parasitoïde fait de même sur l'herbivore. Les trois éléments pris ensemble forme une chaine alimentaire ou chaine trophique (actuellement en stage emploi jeune).

En venant en NZ, j'ajoute une nouvelle corde à mon arc, en analysant les odeurs émises par la plante quand elle est attaquée. Car oui, une plante qui se sent bouffée répand dans l'air des molécules; Un peu comme nous quand on croise une fille ou un garçon qui nous plait, notre désir inonde alors notre environnement. Ces molécules servent de langage, les phéromones pour nous, les kairomones pour les plantes.

Ma plante est la vigne, mon herbivore est un petit papillon, mon parasitoïde est une petite guêpe; tout est petit dans ce monde. Quand les chenilles du papillon mangent les feuilles de vigne, la vigne émet des molécules volatiles instantanément dans les 48h qui en se diffusant dans le vignoble vont appeler le parasitoïde - hé ho y a quelqu'un?. Soudain le parasitoïde surgit hors de la nuit, et court vers l'aventure au galop, et son nom il le signe de la pointe de son ovipositeur, qui lui sert à pondre un œuf dans la chenille - Caramba. La plante est alors sauvée. Mon boulot a donc été de capturer ces molécules odoriférantes et volatiles de la vigne, puis de les analyser (étude en cours, confidentielle, et mon éthique professionnelle m’empêche de vous en dévoiler plus).

une vigne en papillotte

une vigne en papillotte

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Toutes les plantes communiquent, certains parlent même d intelligence (attention elles n'ont pas de cerveau ni de système nerveux, juste une capacité énorme à s'adapter à leur milieu). Voyez cette jolie video avec des petits pois qui cherchent des tiges pour grimper.

Ici, je bosse avec Flore (et en plus elle bosse sur les plantes), une française expat, et avec qui je rigole bien. On a déjà analysé mes vignes suite à l'attaque des chenilles, et devinez quoi? elles causent avec des molécules que les vignes, qui elles ne sont pas attaquées (=les témoins négatifs qui valident notre travail), n’émettent pas. Restons modestes, ça ne révolutionne pas la science, mais moi ça me fait tripper, comme on dit à Caen

Cerise sur le gâteau, en exposant mes vignes qui causent dans un vignoble bio, elles ont attiré les petites guêpes, qui ont avec joie parasité les chenilles. La feuille de vigne est donc sauvée et c'est Adam qui est content.

En avril je vais récidiver avec d'autres vignes, puis faire la même chose avec du genêt, considéré ici comme une plante invasive et nuisible (Bouahhh, vade retro satanas itou).

Après, on analysera toutes ces données, on rédigera sur une écran 13" et on soumettra un article pour la grande famille unie de la science. En fait, l'entomologie c est comme "Plus belle la vie" (Sur France 3 tous les soirs a 20h10), c'est drôle, c'est triste, y en a qui meurent et d autres qui naissent, certains s'aiment, d autres se haient, et j'en vois même qui se reproduisent...

So far, so good.

* D`ailleurs sur les plantes, tous les acariens et les toutes les acariennes vont chanter, vont danser, enfin pas toujours.

** il y a bien longtemps de cela, quand ma fille chérie Marie avait 7 ans, sa maitresse lui avait demandé à la rentrée: "Marie, que fait ton papa comme métier?", et elle de répondre "Mon papa soit il distribue des cartes de visite à des gens, soit il boit des bières en regardant les jeux olympiques sur le canapé". C'était déjà une bonne définition de l'entomologiste que je suis.

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N
J ai tout compris en rigolant ! Si tous les profs pouvaient te ressembler nos petites têtes blondes iraient de bon coeur à l école et liraient davantage car tu as aussi une belle plume joviale ! On ne s en lasse pas A ton retour à Montpellier fais un nouveau blog stp !
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G
Super drôle que j'voulais dire<br /> J'veux bien un cour de rattrapage sur le groupe témoin<br /> Bises d'ici
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G
Entomo, sportif, oenologue, chanteur, bah auteur d'album humoristique<br /> Tu peux tjs rajouter cette dernière caractéristique sur tes cartes de visites!<br /> Suer drôle
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M
Excellent ! De la science vulgarisée, c'est du bon miam miam pour les neurones.<br /> By the way, impressive US accent !
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E
paul L et moi avons bien ri en regardant toutes les vidéos et en lisant ton laïus! la science! ah!
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