Marche à l'ombre

Publié le par Run

Quand on sort des laurisylves, on se rend vite compte qu'il n'y a plus beaucoup d'arbres sur ces îles canariennes. Deux raisons à cela: la déforestation et l'aridité. Pour y construire leurs villes, les colons espagnols ont bien du trouver de la terre nue, et quoi de mieux que d'abattre pour installer maisons, écoles, terrasses agricoles et terrains de foot. Car une bonne partie des îles seraient sans ombre, si des parcs régionaux et nationaux n'avaient pas été créés. Rappelez vous l'île de Pâques, l'île des Géants, et bien dans l'antiquité, il y avait sur cette île des forêts de palmiers et d'autres espèces, ainsi que des fougères en nombre.  Cette végétation luxuriante a souffert d'une surexploitation aussi bien par l'indigène que par le colonisateur arrivé en bateau. Il n'y en a pas eu un pour rattraper l'autre, et au final plus d'arbres. Il a fallu attendre 2023 pour qu'un grand programme de reforestation de 240000 arbres voit le jour. On marche sur la tête. Et bien, aux Canaries, quasiment le même résultat mais pour d'autres raisons.

1. Image d'archive qui montre l'implantation de la canne au détriment de la laurisylve qui descendait jusqu'à l'océan 2. Les champions du monde espagnols doivent avoir un stade de foot dans chaque ville comme ici à Agulo, mais un jour il y a fort fort longtemps, il y avait une forêt
1. Image d'archive qui montre l'implantation de la canne au détriment de la laurisylve qui descendait jusqu'à l'océan 2. Les champions du monde espagnols doivent avoir un stade de foot dans chaque ville comme ici à Agulo, mais un jour il y a fort fort longtemps, il y avait une forêt

1. Image d'archive qui montre l'implantation de la canne au détriment de la laurisylve qui descendait jusqu'à l'océan 2. Les champions du monde espagnols doivent avoir un stade de foot dans chaque ville comme ici à Agulo, mais un jour il y a fort fort longtemps, il y avait une forêt

En effet, l'introduction et la culture à grande échelle de la canne à sucre (Saccharum officinarum) aux Canaries aux XVIe et XVIIe siècles a entraîné une déforestation intense, notamment dans les zones basses et humides, modifiant de façon irréversible le paysage forestier insulaire. À Tenerife, Gran Canaria, La Palma et La Gomera, la culture de la canne s’est étendue dans les basses terres côtières, sur des sols profonds proches des villes. Dans ces régions, la laurisylve et les forêts thermophiles n’ont pu survivre que dans les parois abruptes des ravins ou dans des lieux éloignés des sucreries.  Et en plus on ajoute à cela notre triste et cher réchauffement climatique qui perturbe les cycles de l'eau. Alertes jaune et orange sur les Canaries cet été. La Gomera s'en sort un peu mieux, et oui c'est la seule des 7 îles où des rivières coulent et qui a donc 100% de son eau douce qui vient du sol. Les autres îles tirent principalement leur eau potable de la désalinisation de l'eau de mer (voir photo 5). Le climat change et ce n'est plus un hasard si on observe des coulées de boue et une érosion côtière dramatique. La pluie tombe et ne trouve plus d'obstacles, donc elle emmène le terrain avec elle. CQFD.

3. Pentes de terrasses agricoles dont beaucoup sont laissées à l'abandon, plus rien ne pousse sans irrigation à présent, à part quelques palmiers 4. Le village d'Hermigua sur Gomera où la culture de bananier domine 5. Source d'eau des 7 îles canariennes
3. Pentes de terrasses agricoles dont beaucoup sont laissées à l'abandon, plus rien ne pousse sans irrigation à présent, à part quelques palmiers 4. Le village d'Hermigua sur Gomera où la culture de bananier domine 5. Source d'eau des 7 îles canariennes
3. Pentes de terrasses agricoles dont beaucoup sont laissées à l'abandon, plus rien ne pousse sans irrigation à présent, à part quelques palmiers 4. Le village d'Hermigua sur Gomera où la culture de bananier domine 5. Source d'eau des 7 îles canariennes

3. Pentes de terrasses agricoles dont beaucoup sont laissées à l'abandon, plus rien ne pousse sans irrigation à présent, à part quelques palmiers 4. Le village d'Hermigua sur Gomera où la culture de bananier domine 5. Source d'eau des 7 îles canariennes

Alors oui quand on vient comme un visiteur lambda, on se dit c'est marrant quand on passe 500m d'altitude, la forêt commence. Mais NON. La réalité est que l'homme a décidé que la forêt allait commencer à 500m et pas en dessous. alors que reste t'il en dessous? Voilà une question à 1000€. Il reste le palmier, qui somme toute ne fait de tord à personne, car il est symbole d'exotisme, qu'il donne du cachet aux jardins des villas, et puis c'est joli. Chez nous dans le sud, on a l'olivier. Le palmier faux dattier (Phoenix canariensis) appartient à la famille des Aracées et il est ici chez lui. Il pousse très vite et très haut en seulement quelques années mais ne donne pas de dattes lui, mais de petits fruits cylindriques brun-jaunâtre puis orange à maturité sans grand interêt comestible. C'est d'ailleurs le même arbre que vous retrouvez sur la côté d'azur et dans la baie des Anges. Aux Canaries, comme à Nice ou en Espagne continentale, ce palmier des Canaries subi les attaques d'un gros charançon rouge venant d'Indonésie, une sacré peste celui là aussi, qui détruit les arbres. Quand c'est pas l'homme qui détruit, et bien les insectes s'en charge. elle est pas belle la vie? Alors finissons cette chronique en parodiant Renaud:


"Avant qu'il ait pu dire un mot,
j'ai chopé l'insecte par l'paletot
et j'ui ai dit : Toi tu m'fous les glandes,
pi t'as rien à foutre dans mon monde,
arrache-toi d'là, t'es pas d'ma bande
casse-toi, tu pues, et marche à l'ombre...du palmier"

So far, so good

6. Le palmier, on aime ou on aime pas, mais en tout cas côté ombre ça vaut pas un chataigner ou un platane

6. Le palmier, on aime ou on aime pas, mais en tout cas côté ombre ça vaut pas un chataigner ou un platane

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