In memoriam

Publié le par Run

Fermez les yeux (enfin faites-le après avoir lu la chronique) et remémorez-vous un lieu familier mais ancien, un lieu où vous y avez passé du temps et où vous avez eu de bons moments de vie. Cela peut être une maison d'enfance ou d'adultes, un village, une ville de bord de mer, une forêt, des sentiers maintes fois parcourus, des paysages ayant maintes fois croisés votre regard. Ces lieux et moments sont bien figés dans le temps et dans votre esprit. Vous pourriez tendre le bras avec exactement le bon angle et vous retrouvez l'interrupteur, ou bien vous connaissez au mm près l'écartement entre deux marches d'escalier, ou bien en voyant un graffiti sur un mur de rue, vous savez qu'il faut tourner là, et pas à la rue suivante. Le cerveau, votre cerveau, semble au repos et pourtant il mouline vite, il reprend ses automatismes, pour vous soulager, vous apporter du bien être, comme au temps où vous viviez ces moments pour la première fois. Une sorte d'arrêt sur image, une mise en pause, qui se réenclenche malgré vous, car il n'y a pas que les quatre bases de l'ADN qui sont soudées pour la vie, il y a aussi cette part de non génétique qui fait partie de notre quotidien.

1. Voilà ma maison référentielle où tous mes automatismes reviennent, c'est une drole de sensation, car je revis en 4j des choses acquises en 5 mois... 2. ...comme ici chaque soir avec  cette vue de sunset depuis la terrasse qui est juste derrière cette maison
1. Voilà ma maison référentielle où tous mes automatismes reviennent, c'est une drole de sensation, car je revis en 4j des choses acquises en 5 mois... 2. ...comme ici chaque soir avec  cette vue de sunset depuis la terrasse qui est juste derrière cette maison

1. Voilà ma maison référentielle où tous mes automatismes reviennent, c'est une drole de sensation, car je revis en 4j des choses acquises en 5 mois... 2. ...comme ici chaque soir avec cette vue de sunset depuis la terrasse qui est juste derrière cette maison

Bref, me voilà à parcourir Christchurch comme une ville familière, mais qui en 13 ans a bien grandi et bien changé, une ville qui a subi il y a quinze ans le pire tremblement de terre de l'histoire du pays au moment du déjeuner. Puis de nombreuses répliques, 361, s'en sont suivies dans les jours et nuits suivantes. Une collègue me racontait qu'en pleine nuit et endormie paisiblement dans son lit elle avait eu l'impression qu'un train était entré à pleine vitesse dans sa maison. Les stigmates dans certaines rues et bâtiments sont encore là, mais vraiment de façon résiduelle. La ville s'est enfin reconstruite et je n'ai rien reconnu et tant mieux. Plus de ruines, plus de rues fermées  et une vie qui a repris ses droits. Ils ont reconstruit le stade de rugby et démoli toutes les maisons fissurées (10000). Seul vestige de cette époque, la cathédrale qui reste abimée, mais Dieu, parait-il était très occupé ces dix dernières années. 

3. le fleuve Ōtākaro/Avon qui traverse la ville, il fait 78km de long 4. La cathédrale en 2013 5. La meme en 2026, avec toujours le même ciel bleu
3. le fleuve Ōtākaro/Avon qui traverse la ville, il fait 78km de long 4. La cathédrale en 2013 5. La meme en 2026, avec toujours le même ciel bleu
3. le fleuve Ōtākaro/Avon qui traverse la ville, il fait 78km de long 4. La cathédrale en 2013 5. La meme en 2026, avec toujours le même ciel bleu

3. le fleuve Ōtākaro/Avon qui traverse la ville, il fait 78km de long 4. La cathédrale en 2013 5. La meme en 2026, avec toujours le même ciel bleu

La ville est buccolique avec sa rivière en cette fin d'été. Les pubs ont pignon sur rue, des tramways à touristes parcourent le centre, une ambiance joyeuse s'extirpe de ce sol instable. Ces derniers années, plus de tremblements de terre d'ampleur, mais la zone était, est et restera hautement sismique. Depuis mon arrivé mardi, il y a eu 3 tremblements avec un max à 2,8 sur l'échelle de Richter. Je ne les ai pas ressentis.

6. L'un des rares batimens vestiges encore debout, on peut voir les fissures dans la façade

6. L'un des rares batimens vestiges encore debout, on peut voir les fissures dans la façade

Dans le centre de CHCH (diminutif), on trouve le Riverside market, plein de vie, d'échoppes à bons produits. Il y a des commerces partout et quelques musées aussi. La vie a repris le dessus.

7-8 L'intérieur du Riverside market qui donne envie de commander une pinte
7-8 L'intérieur du Riverside market qui donne envie de commander une pinte

7-8 L'intérieur du Riverside market qui donne envie de commander une pinte

Cela me fait le même effet quand je vais dans des zones où un jour il y a eu la guerre. J'étais passé à Verdun, à Srebrenica en Bosnie, Birkenau, ou plus récemment dans le Vercors, où se trouvait une piste de ski de fond avec une stèle rappelant que 7 chasseurs alpins avaient été fusillés ici par la gestapo. Les lieux de guerre ou d'accidents redeviennent un jour des lieux de vie ou d'espoir, et on peut le souhaiter pour Gaza, le Liban, le Dombass et j'en passe. C'est un espoir qui fait tenir le coup face aux déferlements de news et images atroces du quotidien. On pourrait penser que les Néo Z se sentent loin de tous ces conflits, mais c'est faux. Ils sont très au fait de l'actualité mondiale et notamment de l'Europe et Moyen Orient car en fait leur culture a toujours été baignée par les migrations venant d'Europe. Beaucoup ont la double nationalité NZ/anglais, NZ/allemand, NZ/istraéliens, etc. C'est la population anglosaxonne, qui à mon sens, est la plus proche de nous. Bien plus que les australiens, les sudaf, ou les US. Ici on adore le vin et le bien manger (même si, c'est plus facile à dire qu'à faire), on aime le rugby, et surtout jouer contre la France. Enfin, on a ce lien indélébile qui nous unit depuis le 25 avril 1915, quand des milliers de soldats NZ ont combattu à Gallipoli, péninsule turque, et y sont morts pour défendre l'invasion germanique et donc notre liberté. Merci.

So far, so good

9. Le pont et l'arche de la mémoire, avec le nom de la France au frontispice

9. Le pont et l'arche de la mémoire, avec le nom de la France au frontispice