2079, l'odyssée des sherpas

Publié le par Run

Les népalais ne sont décidément pas comme nous, en effet ils vivent dans le futur. (à moins que ce soit nous qui vivions dans le passé?). Leur origine des années vient d'Inde et commence en 57 av J.-C., à partir du règne de Vikram un souverain mythique hindou. Ce qui fait que nous sommes en 2079 et que tout ce que je vous raconte, vous ne le vivrez vraiment que dans 57 ans. Si jamais vous avez un doute, lisez donc "L'anomalie" d'Hervé Le Tellier, et vous verrez que l'espace temporel est une notion subjective, jusqu'au jour où...

1. Les portes des maisons sherpas ont ce rideau, décliné en vert, bleu, rouge, violet, avec le signe signifiant l'infini; quand le porteur part de chez lui, il a plein de projets pour sa maison et sa famille, et avec l'argent qu'il raménera, certains pourront se réaliser 2. Difficile à croire, et pourtant.
1. Les portes des maisons sherpas ont ce rideau, décliné en vert, bleu, rouge, violet, avec le signe signifiant l'infini; quand le porteur part de chez lui, il a plein de projets pour sa maison et sa famille, et avec l'argent qu'il raménera, certains pourront se réaliser 2. Difficile à croire, et pourtant.

1. Les portes des maisons sherpas ont ce rideau, décliné en vert, bleu, rouge, violet, avec le signe signifiant l'infini; quand le porteur part de chez lui, il a plein de projets pour sa maison et sa famille, et avec l'argent qu'il raménera, certains pourront se réaliser 2. Difficile à croire, et pourtant.

En 2079, comme avant, et comme après, les hommes au Népal marchent et portent. Mais quand nous on marche, ils courent, et quand nous on porte, ils supportent. Beaucoup de sherpas sont des porteurs, mais tous les porteurs ne sont pas sherpas. Le peuple sherpa est une ethnie de la vallée du Khumbu, avec sa langue, sa culture. Mais dans la vallée, d'autres ethnies participent au portage, soit des sacs de touristes, soit des biens de consommation qui sont vendus dans les villages. Reste que dans l'esprit des gens, le sherpa est synonyme de porteur. Si il y a bien une chose que je me suis refuser de juger, c'est bien le cas du portage, pourtant j'ai quelques questions en poche.

3-4 Nos deux mondes se croisent et nos regards sont à chaque fois ahuris avec une pointe de pitié et d'incompréhension
3-4 Nos deux mondes se croisent et nos regards sont à chaque fois ahuris avec une pointe de pitié et d'incompréhension

3-4 Nos deux mondes se croisent et nos regards sont à chaque fois ahuris avec une pointe de pitié et d'incompréhension

La règle est claire pour l'homme qui décide de porter - je dis l'homme car très peu de femmes portent, on en a vu 5 en 13j - plus il porte, plus il gagne. A ce petit jeu, je ne donne pas cher de la colonne vertébrale à l'orée de leur quarante ans. Ceux qui ont mal au dos vont me comprendre. Nous en avions 4 dans notre équipe, dont deux portaient plus que les autres. Un oncle et son neveu se sont présentés à nous à Lukla, tout sourire. Yongji les avait recrutés dans son propre village. Ces porteurs ne font pas porteurs comme métier, mais sont agriculteurs et arrondissent leur fin de mois en portant les sacs des trekkeurs de sa petite agence.

5. Voilà nos sacs bien ficelés le matin 6. Et voilà nos deux porteurs, toujours tout sourire, même à 5000m
5. Voilà nos sacs bien ficelés le matin 6. Et voilà nos deux porteurs, toujours tout sourire, même à 5000m

5. Voilà nos sacs bien ficelés le matin 6. Et voilà nos deux porteurs, toujours tout sourire, même à 5000m

Avant de quitter la France, notre consigne était d'avoir chacun un sac de 12kg max, et interdiction d'avoir une valise à roulettes. Chaque matin, nous posions nos sacs à l'entrée du lodge, et ils étaient ficelés par une cordelette qui se finissait par un bandeau frontal en tissu, car dans le monde des porteurs, c'est le front qui porte. C'est alors que le corps se voute, le pas se fait plus lent, les pauses régulières. Nos porteurs partaient 1h avant nous, avec comme objectif, le lodge suivant, pour que nous, trekkeurs occidentaux et riches, puissions trouver notre sac en arrivant. Je forcis le trait, car le mal être était en chacun de nous, quand nous déposions nos sacs le matin. Que penser? On nous impose des sherpas, certes, mais n'est-ce pas de l'esclavage dissimulé? Devions-nous cautionner cela? Poser ainsi, le problème n'a qu'une réponse: non. Et pourtant, c'est en vivant avec eux que la réponse a été trouvée. Les salaires et les pourboires qu'ils gagnent avec nous sont une manne inestimable pour continuer à vivre dans les villages perdus d'altitude avec l'agriculture comme seul moyen de subsistance. Une agriculture compliquée, sans aucun moyen mécanique. L'année de portage touristique a deux saisons: 3 mois au printemps et 3 en automne. Et si on se disait que tout ça devait s'arrêter, que faire pour remplacer? on construit une route avec plein de ponts dans la vallée? on intensifie les liaisons en hélico (déjà trop nombreuses)? on fait des téléphériques? Mais ce que nous avons fait dans nos vallées européennes, qui a certes désenclaver l'accès aux villages à grand renfort de bitume, n'a t-il pas mené à l'exode rural, à la pollution sonore, de particules, visuelle, etc.? le veut-on au Népal et ailleurs? Je dis non. Mais est-ce une position égoïste, qui en attendant bousille la santé de centaines d'hommes qui portent sans relâche? Et puis ne vaut-il pas mieux qu'ils fassent ce métier plutôt que d'aller mourir sur les chantiers de la coupe du monde de foot au Qatar? Car ce sont plus de 1000 népalais qui ont péri, souvent de déshydratation, et pour le coup on peut appeler cela de l'esclavage moderne.

7-8. Le pieu en bois en forme de T leur sert à poser leur chargement en arrière, en s'appuyant dessus lors des pauses
7-8. Le pieu en bois en forme de T leur sert à poser leur chargement en arrière, en s'appuyant dessus lors des pauses

7-8. Le pieu en bois en forme de T leur sert à poser leur chargement en arrière, en s'appuyant dessus lors des pauses

Bon voilà, ce n'est pas simple comme sujet. Les gars en plus, sont en sandales, ou en baskets de ville, alors que nous on a des chaussures de trek dernier cri pour porter que 6kg. A un moment donné, on a porté un chargement pour voir, mais à l'arrêt. On a vite vu. Je rentre donc avec un regard contrasté, mais sans honte et avec beaucoup de respect pour ces personnes. On ne vit certes pas dans le même monde. La saison touristique s'arrête dans un petit mois, puis le froid va tomber sur les villages, les journées vont se raccourcir, et l'argent gagné par le portage servira à acheter le gaz, payer l'école des petits, et mettre un peu de beurre rance dans les épinards du Dal baht.

So far, so good

9-10 On a voulu jouer aux caquoux, mais juste simplement sans fioritures "allez file moi ton chargement que je le le jauge", et on a pleuré nos mères 11. A la fin, c'est toujours le plus petit qui gagne, et on le félicite humblement
9-10 On a voulu jouer aux caquoux, mais juste simplement sans fioritures "allez file moi ton chargement que je le le jauge", et on a pleuré nos mères 11. A la fin, c'est toujours le plus petit qui gagne, et on le félicite humblement
9-10 On a voulu jouer aux caquoux, mais juste simplement sans fioritures "allez file moi ton chargement que je le le jauge", et on a pleuré nos mères 11. A la fin, c'est toujours le plus petit qui gagne, et on le félicite humblement

9-10 On a voulu jouer aux caquoux, mais juste simplement sans fioritures "allez file moi ton chargement que je le le jauge", et on a pleuré nos mères 11. A la fin, c'est toujours le plus petit qui gagne, et on le félicite humblement

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Commenter cet article
L
merci pour ces mots de respect en faveur des porteurs de l'himlaya, pas seulement les sherpas donc.<br /> Oui pas simple ce questionnement.
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X
Là, je me dis que votre conscience pèse plus de 12 kg. Et chacun portait la sienne.
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F
En plus d'éveiller les sens, ce récit éveille et élève les consciences !<br /> Merci !
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L
Et si nous avons vu en direct et parfois avec un certain malaise, cette inégalité des ressources et la difficulté du travail qui en découle, n'oublions pas que derrière de nombreux produits de consommations dont nous faisons l'acquisition chaque jour, se cache sans doute des conditions de travail encore plus difficiles. Compliqué de garder un semblant de cohérence dans ce monde globalisé...
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